Tout l’été, nous vous invitons à venir à la rencontre Gaston, découvrir et en apprendre plus sur la pratique du collage, acheter une œuvre originale et/ou un multiple numéroté et signé par l’artiste.
Les collages de Gaston
Avec le collage, Gaston souhaite transmettre le plaisir du travail de la main. D’abord le plaisir méticuleux de la recherche à travers les magazines vintage, puis le plaisir de la découpe : le geste précis de l’incision délicate ou le déchirement. Le papier sous toutes ses formes, la surface gaufrée, embossée, son poids, son grain, oppose à la planéité des écrans qui ont le monopole aujourd’hui une dimension tactile irréductible. Le papier est aussi travaillé ici comme objet de transmission sensible. Apparemment fragile (il jaunit, se déchire, se froisse), il porte néanmoins en lui la trace des civilisations de l’écriture à travers les époques.
Gaston réalise ses collages à partir de découpes issues principalement de magazines des années 1950 à 1970, tournant où l’image imprimée est devenue un vecteur central de la promesse de la modernité. Il privilégie une composition rigoureuse, laissant une place importante aux formes géométriques et à la typographie qui structurent la composition en orientant la lecture de l’image. Ses œuvres fonctionnent comme des surfaces de tension où le langage visuel de la publicité est convoqué pour être désamorcé. Dans beaucoup de collages, on observe la présence récurrente d’athlètes et de pin-up qui nous plongent dans un imaginaire normatif du corps comme projet de performance ou objet de désir.
Plusieurs séries se déploient. Dans la série des visages, les figures humaines sont colonisées par des fragments découpés qui semblent envahir leur intériorité. C’est comme si l’identité n’avait pas de réalité propre, qu’elle n’était qu’un contenant rempli de messages et de slogans.
Dans la série Design, la confrontation des images permet un rendu tout aussi décalé, en résonance avec des formes géométriques inspirées du Bauhaus. Des messieurs en costume et de dos, une gymnaste de dos, un homme assis qui ne semble n’avoir pas trouvé la bonne échelle par rapport à son fauteuil. En miroir, au premier plan, sont placés des objets iconiques : la chaise de Verner Panton, la chaise de Jean Prouvé, le fauteuil Egg d’Arne Jacobsen. Ces emblèmes du design moderne portent avec eux tout le poids de leur propre légende, le confort mais surtout le style, la forme juste. Mais le collage les déplace : il introduit un écart entre ce que ces objets sont supposés signifier et ce qu’ils font là.

Collage papiers sur papier, 40x30cm, 2026, œuvre vendue
Sur des fonds monochromes, des animaux et des gymnastes (en noir et blanc) de retrouvent côte à côte, les légendes indiquant que les gymnastes s’exercent à des postures de yoga. Ces postures aux noms loufoques (et pourtant bien réels : « la posture du roi des pigeons » etc.), juxtaposées aux images, révèlent toute leur joyeuse absurdité.

Collage papiers sur papier, 29,7x21cm, 2025
La série réinterprétant les grandes icônes de l’histoire de l’art s’inscrit là aussi dans la problématique de la copie et de la réinvention (quelle place pour l’invention à partir d’images préexistantes ?) Face au David de Michel-Ange, un gymnaste campe sa propre perfection musculaire. Le Narcisse du Caravage contemple un nageur athlétique. La Vénus de Botticelli surgit sur une moule découpée, déplacée, affublée d’un écriteau « Manifeste pour la moule ». Ces images, issues d’un imaginaire collectif partagé, sont mises en miroir pour interroger la citation comme moteur même de la création artistique.

Collage papiers sur papier, 29,7x21cm, 2026
D’autres collages, que l’on pourrait rapprocher d’une esthétique de la pensée positive, affichent des injonctions explicites : « vacances », « oubliez tout », « souriez », « happy days », « power of love ». Le langage de la détente et du bien-être devient ici un refrain, un slogan vidé de sa promesse. Les messages de positivité traversent l’ensemble de l’œuvre (« Souriez », « et maintenant à vous de jouer »…). Cette positivité porte la trace d’injonctions sociales pressurisantes que Gaston détourne par une ironie subtile. On pourrait dire que ses collages révèlent ce que la sociologue Eva Illouz appelle la dictature du bonheur : les émotions deviennent des marchandises comme les autres et le bonheur, un impératif moral. En arrière-plan se dessine la figure contemporaine de l’individu entrepreneur de lui-même, sommé de se penser comme un projet à optimiser dans une société marchande ultralibérale. En rejouant les codes visuels de cette promesse, Gaston en révèle la mécanique tout en laissant affleurer une forme de résistance silencieuse sous la surface lisse des images. Texte de Kcenia Naoumenko

Collage papiers sur papier, 40x30cm, 2026
Avec ses créations complètement superflues donc absolument indispensables, Gaston traduit l’absurdité qui règne dans notre société pour remplacer, aisément et sans effet secondaire, la prise quotidienne d’antidépresseurs ! Tout l’été, venez à la rencontre Gaston, découvrir et en apprendre plus sur la pratique du collage, acheter une œuvre originale et/ou un multiple numéroté et signé par l’artiste.

Une brève histoire du collage
Selon Max Ernst, « si ce sont les plumes qui font le plumage, ce n’est pas la colle qui fait le collage ». En effet le collage consiste à décomposer puis juxtaposer/associer des images existantes pour en recomposer une nouvelle afin de produire un déplacement de sens.
Il ne s’agit pas d’un simple assemblage mais d’une opération de transformation. En cela, le collage est un art du montage : il fait surgir une signification nouvelle à partir de fragments prélevés dans des répertoires visuels diversifiés. Au sein du mouvement surréaliste, Max Ernst compose ainsi des images à partir de revues et de gazettes de la première moitié du XXe siècle, donnant naissance à des scènes étranges (des hommes à tête d’oiseau dans de riches intérieurs dans « Une semaine de bonté », roman-collage publié en 1934). Le collage devient alors un outil de dérèglement du regard, un moyen d’ouvrir des brèches dans le réel. Cette logique se retrouve dans des œuvres devenues iconiques, comme le ready-made « Indestructible objet » du photographe Man Ray (portant l’inscription « Objet à détruire ») : une découpe de photographie d’œil est collée sur l’aiguille d’un métronome. La conjonction de ces deux éléments fait advenir une troisième réalité à la manière d’une métaphore visuelle. Le collage est également à l’œuvre dans le cubisme avec des fragments de journaux qui introduisent le quotidien au coeur de la composition (Pablo Picasso, Juan Gris).
À partir des années 1950, la publicité de masse et les images issues du marketing connaissent une croissance exponentielle. S’appuyant sur les travaux de Bernays, de Lippmann ou de Lasswell, les publicitaires façonnent l’imaginaire collectif, produisant non seulement des désirs d’achat et une aspiration à l’American way of life. Ces images, produites en série, deviennent un matériau de prédilection pour les artistes, qui les détournent dans une perspective parfois contestataire mais parfois complaisante. Dans la lignée de la reproductibilité technique pensée par Walter Benjamin assumée pleinement par le Pop Art, Richard Hamilton revendique un art « populaire, destiné aux masses, éphémère, à court terme, consommable, facilement oubliable, produit en série, peu coûteux, jeune, spirituel et sexy ». Ses personnages épanouis dans des intérieurs modernes, images de l’American way of life, contiennent malgré tout un décalage qui produit une dose d’ironie. Dans cette même logique, James Rosenquist, ancien peintre de panneaux publicitaires, peint ses œuvres en copiant des collages qu’il réalise avec des images découpées dans le magazine Life. En associant pouvoir politique, consommation et désir domestique (comme dans son triptyque « President Elect »), Rosenquist révèle la logique publicitaire qui structure l’imaginaire américain. Le collage devient un outil parodique voire satirique, mettant à nu la continuité entre propagande politique et publicité commerciale.
Dans l’art actuel, on observe un regain d’intérêt pour le collage. Il apparaît comme une nouvelle voie, un mode d’expression privilégié pour interroger ce qui est montré, dans les images publicitaires ou les magazines, est présenté comme allant de soi. En fragmentant, en découpant, en recomposant, les artistes révèlent les structures invisibles de notre paysage visuel contemporain afin de redonner au regard sa capacité critique. Texte de Kcenia Naoumenko

Collage papiers sur papier, 40x30cm, 2026
UN ÉTÉ À L’ATELIER
Exposition Évènement – Les collages de Gaston
DU 24 JUIN AU 26 SEPTEMBRE 2026
N5G, 5 rue Sainte-Anne, 34000 Montpellier
Du mercredi au samedi, de 10h à 12h30 et de 14h à 18h
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